samedi 18 février 2012

Le récit d'un détenu dunkerquois qui a fait condamner l'État pour traitement dégradant



 Sept détenus        dans une cellule de 17m² est considéré comme inhumain et        dégradant. 

Sept détenus dans une cellule de 17m² est considéré comme inhumain et dégradant.


Michel a été incarcéré à Dunkerque du 1er mars au 16 août 2010. Ce Socxois de 52 ans a attaqué l'État pour dénoncer des conditions de détention indignes(on lira en page région). Il a dû cohabiter avec six détenus dans une cellule de moins de 17 m². Le tribunal administratif lui a donné raison, condamnant l'État à lui verser des dommages et intérêts pour son préjudice moral. Promiscuité, absence d'aération, hygiène... Michel raconte.
Michel, tuyauteur, inséré socialement, n'a pas le profil du délinquant ni du taulard. Jamais il n'avait imaginé séjourner derrière les barreaux. Une récidive de conduite sous l'emprise de l'alcool et le voilà en prison. « Je m'y étais préparé. Un ami libraire à Esquelbecq m'avait donné "Le Guide du prisonnier" », se rappelle-t-il, amusé. On a beau s'y préparer... « Quand je suis arrivé en prison, là, j'ai halluciné ! » Dans une cellule de 17 m², il doit vivre entassé avec six autres détenus, soit 2,4 m² d'espace vital par personne. « Il y avait trois lits superposés de deux personnes et un matelas par terre pour le septième détenu, qui dormait le nez dans la poubelle. Sur la petite table, on pouvait manger à trois maximum, ce qui fait qu'on mangeait le plus souvent dans nos lits », raconte Michel. Quand les beaux jours sont arrivés, « la température frôlait les 30 degrés, sans aération ».
Au milieu de cette atmosphère confinée, les détenus évoluent dans les effluves d'excréments : avec un WC pour sept, entouré d'une cloison épaisse comme du papier à cigarette, ouverte par le haut, rien ne leur est épargné. « Il n'y avait aucune intimité », confie Michel qui ajoute : « Dans de telles conditions, il faut avoir les nerfs solides et savoir faire sa loi. Au bout d'un moment, dans cette promiscuité, les esprits s'échauffent. J'ai réussi à gérer. Il n'y a pas eu d'altercations physiques, mais verbalement, on n'arrêtait pas de se rentrer dedans. Quand un détenu regarde la télé toute la nuit, je ne vous fais pas un dessin. Pour dormir, il faut des cachets. » C'est justement en regardant en détention un reportage sur France 3 évoquant des détenus de Rouen qui avaient obtenu une condamnation de l'État pour leurs conditions d'incarcération déplorables que Michel a décidé d'engager la même procédure. Il a contacté Me Jean-Pierre Mougel, du barreau de Dunkerque, a réussi à convaincre six codétenus d'entamer la même démarche. L'avocat leur a obtenu, cette semaine, à tous les sept, une condamnation de l'État par le tribunal administratif pour traitement dégradant et inhumain. Ils ont touché en moyenne 150 E par mois de détention. « Je n'en ai pas fait une question d'argent. C'est juste que si un jour, je dois y retourner, je n'ai pas envie de revivre ça », conclut Michel qui a retrouvé sa dignité de citoyen en faisant valoir ses droits. •

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